On nomme l’Avent le temps du silence. Bien des êtres, pourtant, le vivent plutôt comme celui du bruit et de l’agitation. Les gens se pressent dans les magasins pour expédier leurs achats de Noël. Et cependant, le silence est nécessaire afin que Dieu puisse venir jusqu’à nous. Sans le silence, nous ne percevrons pas sa venue, nous ne l’entendrons pas frapper à la porte de notre cœur.
En allemand, la notion de silence est associée à celle d’immobilité. Pour faire en nous le silence, nous devons donc nous arrêter, cesser de courir çà et là et de nous agiter, et rester seuls avec nous-mêmes. C’est seulement en m’immobilisant que je me rencontrerai moi-même. Alors, je ne peux plus vivre mon agitation au-dehors ; alors, c’est en moi que je la perçois.
Seul parvient au silence, au calme, celui qui sait résister à sa propre agitation. La langue allemande associe également, dans un seul et même vocable [Stille, stillen], le calme et l’allaitement du nourrisson. En allaitant l’enfant qui crie sa faim, la mère le calme. De même, il me faut apaiser les cris intérieurs de mon âme. Quand je ne m’agite plus au dehors, mon cœur manifeste sa faim ; il crie parce qu’il est insatisfait.
Il a besoin de nourriture, et je dois me consacrer à lui, maternellement, pour qu’il s’apaise. Or bien des gens ont peur d’écouter leur cœur qui crie sa faim ; ils préfèrent l’ignorer, en se déplaçant sans cesse, toujours en hâte. Mais leur cœur continue à crier, il ne se laisse pas ignorer, il a besoin d’attention, de nourriture.
« En Dieu seul le repos pour mon âme », dit un Psaume (62 [61], 1).
Nous chantons toujours ce Psaume le mercredi à complies ; chaque fois, il me touche. Je ne parviens pas à calmer moi-même mon cœur ; quand j’écoute son cri, je sens qu’il a faim de tout autre chose que ce que je suis en mesure de lui donner. C’est Dieu qu’il désire ; en Dieu seul il parvient à un vrai repos.
Toi qui me lis, accorde-toi, pendant l’Avent, des moments de silence et de calme pour te mettre en quête de Dieu. Et quand, dans le silence, s’élèvera tout d’abord le bruit intérieur, alors supporte-le, simplement. Arrête-toi, reste immobile ; présente ton cœur qui crie à Dieu, afin qu’il en apaise la faim. Alors le silence te deviendra bienfaisant ; alors, tu pourras y baigner ton âme. Tu supporteras d’être face à toi dans ta propre vérité, tu pourras même goûter le fait d’être tout simplement avec toi-même devant Dieu. Dans le silence, personne ne te demande rien, tu peux y être tel que tu es, en toute simplicité.
Le silence n’est pas requis seulement pendant l’Avent, mais aussi à Noël. Pour moi, célébrer la nuit de la Nativité implique qu’après la célébration en commun je consacre trois heures à méditer dans la solitude, à écouter une partie de l’Oratorio de Noël et à tendre l’oreille dans le silence. Car je sais que Dieu ne peut naître en moi que dans le silence.
Le deuxième dimanche après Noël, nous chantons au début de la messe un passage du Livre de la Sagesse : « Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses, et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, / du haut des cieux, la Parole toute-puissante s’élança du trône royal » (Sagesse, 18, 14-15). Dieu ne descendra dans mon cœur que lorsque s’y seront établis le silence et le calme. C’est au plus intime du silence, la parole humaine s’étant tue, que se produit la naissance de Dieu.
Je ne peux pas, en me taisant, forcer Dieu à descendre vers moi ; mais mon silence est la condition requise pour que je perçoive sa présence en moi. En faisant silence, je descends dans mes propres profondeurs, et le chemin qui y mène passe par l’obscurité de ma nuit, par la nuit de mon angoisse et de ma solitude. Alors je quitte le trône de ma royauté, sur lequel je siège dans l’assurance et d’où je détermine et conduis ma vie. Alors je me penche jusqu’au fond de mon âme. Car c’est là seulement que Dieu peut naître en moi ; c’est seulement dans les profondeurs de mon cœur, là ou ne pénètre plus le bruit de l’extérieur, que Dieu veut se faire homme en moi.