Noël de dernière minute

novembre 21, 2007 at 5:49 | In Education, Enfants, Famille, Histoire, Histoires, Noël, Paix, Symboles | Leave a Comment

En ce temps là, la fête de « Noël » était inscrite au 6 décembre du calendrier, jour de la Saint Nicolas, pour la bonne raison que c’était ce brave évêque qui parcourait la terre pour distribuer des jouets aux enfants sages. C’est toujours lui, d’ailleurs, mais pour la commodité du récit, nous lui garderons le sobriquet qu’il a reçu depuis des siècles : le Père Noël.

Donc, depuis des siècles, saint Nicolas, dit le Père Noël, suivait la tradition : à peine revenu de sa tournée annuelle il se mettait à penser à la prochaine et, dans sa maison qui se trouve au pôle Nord, comme chacun sait, penché sur sa planche à dessins, il faisait les croquis des jouets qu’il comptait fabriquer pour le bonheur des enfants : poupées, voitures, ballons… etc., ce qui changeait avec les modes et les époques, bien sûr, sauf peut-être en ce qui concernait les ballons, toujours ronds ou ovales.

Lorsqu’il avait arrêté son projet, il en faisait un moule et sortait le jouet en milliers ou en millions d’exemplaires selon ses prévisions.

Ce travail artisanal, pourrait-on dire, outre qu’il lui prenait beaucoup de temps, avait le désavantage de manquer de précision. Fabriquant au jugé, il était difficile au Père Noël de tomber toujours juste dans le détail ; ainsi certaines années les poupées en robe bleue excédaient la demande tandis que les poupées en robe rouge manquaient. Il arrivait aussi qu’ayant prévu trop large, il lui restait des jouets sur les bras qu’il stockait dans un vieux hangar au bout de son jardin.

Bref, il n’avait guère le loisir de se reposer, et chaque année moins encore parce que les enfants se multipliaient à vitesse grand V malgré les efforts des guerres, des maladies et des famines.

Il arriva le moment où il se sentit débordé. Alors, il s’installa devant sa planche à dessin, réfléchit un jour et une nuit et conçut une machine spéciale tout à fait pratique composée d’un écran et d’un clavier reliés directement à une grande usine dont il commanda les pièces au Japon. Il l’appela « Ordinateur » parce qu’elle était sensée mettre de l’ordre dans son gâchis.

Et, pour ça, elle mit de l’ordre ! Plus d’à peu près, de tâtonnement, de bricolage. Une semaine avant Noël, il recevait les lettres des enfants, ce qui lui indiquait le goût de chacun et le nombre exact de paires de chaussures à remplir. Il ne lui restait plus qu’à taper sur le clavier par exemple : « Un million deux cent quarante poupées, modèle 308 », puis d’appuyer sur la touche marquée FABRICATION, et, après une série de clignotements accompagnés de « bip » sonores, le million deux cent quarante poupées modèle 308 s’alignait dans les réserves. Il n’avait pas besoin de plus d’une heure pour fabriquer, remplir sa hotte, atteler son traîneau et partir en tournée, ce qui lui donnait, bon an mal an, 365-jours-moins-une-heure de farniente et de loisirs.

Claus, le grand renne en chef, le meneur de son attelage, réprouvait cette machine miracle.

— Au lieu de grogner, constate, mon bon ami, lui disait le Père Noël, du travail propre, signé, plus de soucis, de fatigue, d’imprévu !

— Rien ne vaut la tradition, répondait Claus, l’air boudeur, tu verras. Cette machine te causera des ennuis avant longtemps !

Trois ans passèrent ainsi, puis, la quatrième année, à la veille de sa tournée, le Père Noël, comme il en avait pris l’habitude, brancha son réveil sur « Six-heures-avant-Noël » et se coucha.

« Drelin, drelin, drelin ! claironna le réveil, il est six heures avant Noël. »
Le Père Noël ouvrit l’œil :

— C’est bon, c’est bon, grogna-t-il en se retournant dans son lit.

« Drelin, drelin, drelin, il est cinq heures avant Noël, claironna le réveil. »

— La paix ! gronda le Père Noël en cachant sa tête dans son oreiller pour ne pas entendre.

Et, effectivement, il n’entendit pas le réveil claironner quatre heures puis trois, puis deux.

Enfin il s’éveilla et bondit hors de son lit en voyant au cadran qu’il ne lui restait plus qu’une petite heure. Vite, il s’habilla, mit ses bottes et s’assit devant son ordinateur :

— Allons-y… trois millions de panoplies de général… deux millions de poupées anglaises… trois millions de chevaux à bascule…

Père Noël était devenu un virtuose du clavier, il en eut terminé au bout d’une demi-heure. Ouf ! il ne restait plus qu’à taper « rapetisser, emballer, remplir la hotte », et le tour était joué, mais auparavant, par conscience professionnelle, il alla jeter un coup d’œil à l’étalage des jouets afin de voir s’ils étaient bien conformes.

Horreur ! la machine avait déraillé, elle avait compris de travers. Par exemple, au lieu de panoplies de général, elle avait sorti des panoplies de cannibales… les poupées anglaises étaient en glaise, les chevaux à bascules étaient des chapeaux à capsules, le reste à l’avenant.

— Que vais-je faire ? s’écria le Père Noël au désespoir.

Il alla jeter un coup d’œil chagrin aux jouets démodés, stockés dans le vieux hangar au bout de son jardin. Hélas ! Il y en avait juste de quoi satisfaire le centième des enfants de la terre, une misère !

Claus, le grand renne qui trouvait le temps long, vint aux nouvelles :

— Il est deux minutes avant Noël, grogna-t-il, tu as intérêt à te dépêcher. Je n’ai pas envie de m’époumoner pour rattraper ton retard !

Cet amer reproche acheva de démoraliser le Père Noël. Avec accablement il raconta ses malheurs.

— Je t’avais prévenu, dit Claus en soupirant, hélas ! Si seulement la Noël était… par exemple… le 25 décembre au lieu du 6 ! tu aurais peut-être le temps de refaire ton stock.

— Je ne vois pas d’autre solution, j’en ai peur ! dit le Père Noël. C’est bon ! chargeons ce qui peut être chargé et partons !

Ainsi qu’il l’avait pensé, il n’avait, cette année là, dans sa besace, à peine de quoi satisfaire le centième des enfants de la terre, ceux qui étaient le plus près de chez lui, dans les pays du nord… aux 99 centièmes qui restaient, il ne put que glisser dans leurs chaussures un bristol sur lequel il y avait : « Cher enfant, la fête de la Noël est reportée au 25 décembre. »

C’est pourquoi, jusqu’à présent, le Père Noël, ayant commencé une nouvelle tradition, passe le 6 décembre dans les pays du nord, la Scandinavie, la Hollande, la Belgique, l’Allemagne, et le 25 décembre partout ailleurs.

Nicole Vidal

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