L’étable

novembre 21, 2007 at 5:20 | In Avent, Noël, Paix, Symboles | Leave a Comment

Le Christ est né dans une étable. Pour C.G. Jung, c’est devenu un symbole important. Il pense que nous devrions toujours nous rappeler que cette étable où naît Dieu, c’est nous. Nous ne sommes donc pas un palais, une belle maison neuve et bien aménagée, un séjour confortable. Chacun de nous associe à l’étable les expériences et les sentiments qui lui appartiennent en propre. Une femme m’a raconté qu’étant enfant, au retour de l’école, elle allait tout droit à l’étable : c’est là qu’elle se sentait chez elle. L’odeur de l’étable lui procurait un sentiment de sécurité, elle trouvait là ses racines. Dans l’étable il y a des animaux, qui sont là, tout simplement. C’est un lieu de vie, de naissance toujours répétée, mais aussi de soucis et de mort : tout le quotidien avec ses hauts et ses bas. Les enfants se sentent proches des animaux ; ils se laissent caresser, on peut s’occuper d’eux, ils sont plus patients que les humains. Ils écoutent ce que les enfants leur racontent. Et puis dans l’étable, il y a toujours la même chaleur ; même en hiver, les animaux l’entretiennent avec leurs corps.

L’étable n’est pas un lieu de propreté méticuleuse ; elle contient du fumier, des ordures. Bien sûr on la nettoie sans cesse, mais le fumier s’y accumule toujours à nouveau ; il est utilisé pour engraisser les champs. Tout cela, c’est l’image de ce que nous sommes à l’intérieur. Notre cœur, non plus, n’est pas pur, propre, aseptique ; bien des ordures s’y sont accumulées. Tout ce que nous avons refoulé est dissimulé là, sous la surface, et pourrit tout doucement. Tel a refoulé son agressivité ; derrière une façade de bienséance amicale et souriante est tapie une froideur glaciale, à travers laquelle l’agressivité décoche ses flèches. Tel autre a réprimé les besoins qu’il éprouvait, mais ils ne le laissent pas en paix, ils sont là, autour de lui, et se soulèvent sans cesse en tourbillon quand son conjoint ou ses enfants vivent librement les leurs. Un autre encore passe par-dessus les blessures de son enfance, il voudrait les ignorer ; mais ses blessures ne se referment pas. Elles continuent à suppurer sous le pansement, et celui-ci en est souillé. C’est là, précisément, dans notre fumier, que Dieu veut naître en nous. Nous ne pouvons pas lui offrir un lieu bien propre, mais seulement l’étable de notre cœur, avec sa saleté. Cela nous est pénible, mais nous délivre de l’illusion d’avoir mérité la naissance de Dieu. Dieu veut naître en nous parce qu’il nous aime, et non pas parce que nous pourrions exhiber quelque titre à son amour.

La naissance de Jésus emplit l’étable de lumière, d’une lumière douce et chaude, qui n’éclaire pas toutes choses brutalement mais les laisse être ce qu’elles sont. Auprès de l’Enfant divin, tout en nous a le droit d’exister ; même la saleté, le rebut, ce qui a été foulé aux pieds, qui ne mérite que le mépris, tout cela cesse d’être insignifiant. Dans la tendre lumière du Christ, nous pouvons tout regarder en face ; par le Christ, tout redevient digne de considération, transformé par son amour. Telle est l’image consolante de l’étable : tout en nous est métamorphosé du fait que le Christ entre dans les ténèbres et le chaos de notre cœur. Ce qui fait que l’Enfant divin se sent bien en nous, ce qui rend sa couche moelleuse et confortable, c’est justement ce qui n’a pas bénéficié d’un nettoyage de professionnel. Auprès d’un enfant, ce qui est trop parfait donnerait plutôt une impression d’étrangeté. L’enfant demande un lit bien doux, et non pas des draps soigneusement désinfectés. Aussi peux-tu, toi qui me lis, croire en toute confiance que, tel que tu es, tu peux être pour le Christ la demeure, l’étable où il vient au monde pour toi et pour ce monde.

Anselm Grün

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